La visite de Trump en Arabie Saoudite n’a rien à voir avec l’Islam ou l’Iran. C’est d’abord pour l’« America First ».


La visite de Trump en Arabie Saoudite n’a rien à voir avec l’Islam ou l’Iran. C’est d’abord pour l’« America First ».

Le gouvernement saoudien n’a pas été bien inspiré de planifier le discours du président des États-Unis Donald Trump au moment où se tenait le sommet arabo-islamo-américain à Riyad le 21 mai. Juste un jour plus tôt, les gros titres dans les médias du monde entier ne parlaient que d’un événement unique dans le Moyen-Orient musulman – les élections libres et régulières en Iran qui ont permis au président modéré réformiste Hassan Rouhani d’obtenir un second mandat en battant un adversaire qui était largement considéré comme représentant l’establishment religieux.

Trump aurait compris la délicatesse de la position dans laquelle il s’était retrouvé. Il était obligé de montrer sa gratitude à ses hôtes saoudiens qui proposent de dépenser 350 milliards $ dans l’économie américaine, ce qui créerait des centaines de milliers de nouveaux emplois pour le peuple américain. D’autre part, on attendait de lui de condamner et de clouer au pilori celui qui est, sans doute, le seul et unique pays démocratique dans le Golfe Persique – l’Iran.

Trump a fini par dire le minimum exigé par les circonstances concernant l’Iran:

  • Mais aucune discussion caractérisant cette menace (le terrorisme) ne serait complète si on ne mentionne pas le gouvernement qui assure aux terroristes les trois piliers de sécurité, le soutien financier et le statut social nécessaire pour leur recrutement. C’est un régime qui est responsable de tant d’instabilité dans la région. Je parle bien sûr de l’Iran. Du Liban à l’Irak et au Yémen, Iran finance, arme et forme des terroristes, des milices et d’autres groupes extrémistes qui propagent la destruction et le chaos dans la région. Pendant des décennies, l’Iran a alimenté les feux des conflits sectaires et le terrorisme.
  • C’est un gouvernement qui parle ouvertement d’assassinat de masse, jurant la destruction d’Israël, la mort de l’Amérique, et la ruine pour de nombreux dirigeants et nations présents dans cette salle. Parmi les interventions de déstabilisation les plus tragiques de l’Iran, ça a été en Syrie. Soutenus par l’Iran, Assad a commis des crimes innommables … Les victimes qui souffrent le plus depuis plus longtemps du régime iranien sont son propre peuple. L’Iran a une histoire et une culture riches, mais le peuple de l’Iran a enduré la misère et le désespoir à cause de la quête effrénée de conflits et de terrorisme de leurs dirigeants.
  • Tant que le régime iranien n’est prêt à être un partenaire pour la paix, toutes les nations de conscience doivent travailler ensemble pour isoler l’Iran, rejeter le financement du terrorisme, et prier pour le jour où le peuple iranien ait le gouvernement bon et juste qu’il mérite. (Transcription)

A la fin de la journée, Trump avait réglé la politique visant à « isoler » l’Iran et à « prier pour le jour » où l’Iran sera un partenaire agréable. Il n’y avait aucune envie d’affronter ou d’attaquer l’Iran. S’il fallait une référence, il suffit de revenir au fameux discours de « l’axe du mal » de George W. Bush concernant l’Iran en Janvier 2002. ( Regarder YouTube ici .)

En effet, la soi-disant Déclaration de Riyad prononcée dimanche après le sommet arabo-islamo-américaine de 50 pays contenait un langage beaucoup plus sévère envers l’Iran, mais, C’est essentiellement un document saoudien, que le régime a rédigé en exerçant ses prérogatives en tant que pays d’accueil. Ce n’est en aucun cas une déclaration qui reflète la politique iranienne des Etats-Unis ou des autres 48 hommes d’État qui étaient réunis à Riyad, y compris l’Egypte, le Pakistan, Oman, etc..

De même, il est également ressorti des propos notablement modérés et retenues du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson concernant l’Iran dans les deux conférences de presse conjointes avec le ministre des affaires étrangères saoudien Adel Al Jubeir que l’administration Trump a pris soin de ne pas exacerber les tensions avec l’Iran. Jubeir crachait du venin, tandis que Tillerson se contentait d’écouter. Dans ses déclarations préparées concernant le terrorisme, il est intéressant de constater que Tillerson ne mentionne même pas l’Iran. La partie « opérationnelle » des remarques de Tillerson pendant les questions-réponses peut être reproduite comme suit:

  • Nous sommes en train de coordonner étroitement nos efforts en termes comment contrer l’extrémisme de l’Iran … en particulier son soutien aux combattants étrangers … son soutien aux milices non seulement au Yémen mais en Irak et en Syrie.
  • Nous nous coordonnons soigneusement sur la façon dont nous considérons l’accord nucléaire.
  • Ce que j’espère – c’est que Rouhani qui a maintenant un nouveau mandat, utilise ce mandat pour commencer un processus du démantèlement du réseau iranien du terrorisme, du démantèlement du financement de ce réseau terroriste, du démantèlement du soutien, de la logistique et de tout ce qu’ils fournissent à ces forces de déstabilisation qui existent dans cette région. C’est ce que nous espérons qu’il fera. Nous espérons également qu’il mettra fin aux essais [Iraniens] de missiles balistiques. Nous espérons également qu’il restaurera le droit des Iraniens à la liberté … C’est ce que nous espérons que cette élection apportera. Je ne vais pas commenter mes attentes. Mais nous espérons que si Rouhani voulait changer les relations de l’Iran avec le reste du monde, ce sont les choses qu’il pourrait faire.
  • Donc, nous espérons – et nous avons une nouvelle direction ou un renouvellement de direction entamant un nouveau mandat en Iran – qu’ils vont commencer à examiner ce que ce comportement leur rapporte, et ils verront que, au contraire, ils régressent par rapport à la place dans laquelle l’Iran pouvait historiquement se réjouir : de bonnes relations avec ses voisins. Et c’est ce que nous espérons, qu’ils trouvent le moyen de revenir sur la bonne voie. En attendant, nous continuerons à prendre des mesures pour faire comprendre à l’Iran lorsque leur comportement est inacceptable … nous continuerons à prendre des mesures par des sanctions et nous continuerons d’encourager les autres dans la communauté mondiale à prendre eux aussi des mesures pour que l’Iran comprenne que ce n’est pas inacceptable. Nous allons donc traiter avec l’Iran sur le plan des sanctions économiques et nous allons traiter avec l’Iran dans ces pays où ils ont décidé d’avoir une présence militaire.

En somme, Tillerson a récapitulé les politiques de l’administration Obama envers l’Iran. Pas de menace de guerre – ‘toutes-les-options-sont-sur-la-table’, etc. – aucune menace de changement de régime, aucune stratégie de confinement. Au contraire, l’accent a été subtil sur les termes de l’engagement vis-à-vis de l’Iran un jour dans un avenir envisageable.

Sur ce, Tillerson lâche une bombe. Ce qui suit est sa réponse quand il lui a été demandé par un journaliste, « Prendriez-vous un jour le téléphone pour appeler le ministre iranien des Affaires étrangères? Avez-vous exclu toute diplomatie avec l’Iran » ?

  • Eh bien, pour ce qui est de savoir si un jour je prendrais le téléphone, je ne ai jamais fermé le téléphone à qui que ce soit qui veut parler ou avoir une conversation productive. À ce stade, je ne prévois pas d’appeler mon homologue en Iran, bien que, selon toute vraisemblance, nous parlerons le moment venu.

Tillerson a effectivement dit que les États-Unis espèrent s’engager avec l’Iran « selon toute vraisemblance ». C’est énorme qu’il ait dit ça à Riyad, en résumant ce qui a été une visite extraordinairement réussie de Trump à la poursuite de sa doctrine « America First ».

Bien sûr, les relations américano-iraniennes restent très problématiques. Mais quatre ans c’est long en politique – et Trump et Rouhani disposent tous les deux de ce long temps dans leurs mains. On peut anticiper que Téhéran sera assez fin pour sentir les vibrations venant de Riyad et tracer en conséquence sa feuille de route dans ses rapports avec l’administration Trump.

N’oublions pas que, malgré le discours de « l’axe du mal » de Bush en 2002, Washington et Téhéran s’étaient déjà retrouvés ensembles en Irak vers 2005 dans une entreprise coordonnée pour faire progresser l’autonomisation chiite dans ce pays. Les États-Unis et l’Iran connaissait les règles de base et les « lignes rouges » en Irak, et ils les ont largement respectés dans une cohabitation dans leurs intérêts mutuels qui était vraiment exceptionnelle dans la politique mondiale contemporaine.

Le fond du sujet aujourd’hui, c’est que, sans la coopération de l’Iran, les Etats-Unis ne peuvent pas aller bien loin dans la guerre contre l’ISIS, al-Qaïda et d’autres groupes extrémistes en Irak et en Syrie. Certes, il y aura beaucoup de bousculade pour l’espace et l’influence, mais une confrontation américano-iranienne n’est pas à l’ordre du jour. Aucune des deux parties ne la veut.

Fonte: Réseau International

 

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